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La neuropédagogie : ce que la recherche sur le cerveau apporte aux apprentissages

· 6 min

Par Louise Guiffan, orthophoniste, fondatrice de la méthode Peponi®

On entend de plus en plus parler de neuropédagogie, sans toujours savoir ce que le mot recouvre. Voici ce qu'elle est, ce que la recherche a vraiment établi sur la façon dont un enfant apprend, et les idées reçues dont il vaut mieux se méfier.

Qu'est-ce que la neuropédagogie ?

La neuropédagogie désigne une façon d'accompagner les apprentissages qui s'appuie sur ce que la recherche a établi sur le fonctionnement du cerveau. Elle puise dans plusieurs disciplines : les neurosciences cognitives, la psychologie cognitive et les sciences de l'éducation. On parle aussi de neuroéducation ou de sciences cognitives de l'apprentissage.

Le terme n'a pas de définition officielle. Ce qui compte, c'est la question qu'il pose : parmi tout ce que l'on fait pour aider un enfant à apprendre, qu'est-ce qui fonctionne vraiment, et pourquoi ?

D'où vient cette approche ?

L'idée de rapprocher la recherche sur le cerveau et l'éducation n'est pas nouvelle. Au début des années 2000, l'OCDE a consacré un projet de recherche au lien entre cerveau et apprentissage. En France, le Conseil scientifique de l'Éducation nationale, installé en janvier 2018 et présidé par le chercheur Stanislas Dehaene, a pour mission d'éclairer les décisions éducatives à partir des résultats de la recherche.

Ce que la recherche a établi : quatre grands principes

Dans son ouvrage Apprendre !, Stanislas Dehaene rassemble les résultats de la recherche autour de quatre conditions qui rendent un apprentissage efficace.

  1. L'attention. On n'apprend que ce à quoi l'on prête attention. Pour un enfant, cela veut dire une consigne à la fois, un objectif clair et un environnement qui ne le disperse pas.
  2. L'engagement actif. Un enfant qui écoute passivement retient moins qu'un enfant qui essaie, répond, prédit, se trompe. Apprendre, c'est faire travailler sa tête.
  3. Le retour sur l'erreur. L'erreur n'est pas un échec : c'est l'information dont le cerveau a besoin pour se corriger. Encore faut-il que l'enfant sache rapidement où il s'est trompé, dans un climat qui ne le met pas en difficulté.
  4. La consolidation. Ce qui a été compris doit être repris pour devenir solide et automatique. Les études montrent que se tester régulièrement et répartir les révisions dans le temps sont parmi les méthodes les plus efficaces, bien plus que relire ou surligner.

Les idées reçues à éviter

Toutes les affirmations qui parlent de « cerveau » ne viennent pas de la recherche. On appelle neuromythes ces idées qui déforment des résultats scientifiques. Une étude menée auprès de 242 enseignants britanniques et néerlandais, tous intéressés par les neurosciences, montre qu'ils adhéraient en moyenne à près de la moitié des neuromythes proposés. Et le fait d'avoir de bonnes connaissances générales sur le cerveau ne protégeait pas de ces croyances.

Parmi les plus répandues :

  • « Chaque enfant a un style d'apprentissage, visuel, auditif ou kinesthésique, et apprend mieux quand on s'y adapte. »
  • « Nous n'utilisons que 10 % de notre cerveau. »
  • « Certains enfants sont “cerveau gauche”, d'autres “cerveau droit”. »

Ces idées ont l'air scientifiques mais ne sont pas confirmées par la recherche. Une bonne approche neuropédagogique commence justement par s'en méfier.

Ce que cela change pour votre enfant

Concrètement, une approche fondée sur la recherche ne promet pas de recette miracle. Elle part de ce que l'enfant sait déjà, explique clairement ce qu'il doit apprendre, l'entraîne régulièrement et vérifie ses progrès pour ajuster la suite.

C'est le principe de la méthode Peponi®, qui s'organise en quatre étapes : évaluer, expliciter, entraîner, réévaluer. Elle accompagne les enfants dès 5 ans, avec ou sans difficultés, dans la lecture, l'orthographe, l'attention et la mémoire.

Le neuropédagogue a un rôle éducatif, jamais thérapeutique. Si les difficultés de votre enfant vous inquiètent, parlez-en à votre médecin, qui pourra vous orienter vers un professionnel de santé. Pour en savoir plus sur l'accompagnement, consultez la page dédiée aux familles.

Sources

  1. Dehaene, S. (2018). Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines. Odile Jacob.
  2. Dekker, S., Lee, N. C., Howard-Jones, P., & Jolles, J. (2012). Neuromyths in education: Prevalence and predictors of misconceptions among teachers. Frontiers in Psychology, 3, 429.
  3. Howard-Jones, P. A. (2014). Neuroscience and education: myths and messages. Nature Reviews Neuroscience, 15(12), 817–824.
  4. Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J., & Willingham, D. T. (2013). Improving students' learning with effective learning techniques. Psychological Science in the Public Interest, 14(1), 4–58.
  5. Collège de France (2018). Stanislas Dehaene, Gérard Berry et Esther Duflo nommés au Conseil scientifique de l'Éducation nationale.